CNCGP – Nicolas Sarkozy chez les gestionnaires de patrimoine

Nicolas Sarkozy face aux CGPs lors du Midsommar de la CNCGP.
Grégoire Bourgeois, Karen Fiol, Nicolas Sarkozy, Julien Séraqui, Yves Mazin et Nicolas Ducros phosphorent au Midsommar du Patrimoine 2023.

Reportage – Nicolas Sarkozy était l’invité d’honneur du MidSommar du Patrimoine organisé par la CNCGP ce mercredi 21 juin. Face à une tribune de gestionnaires de patrimoine et d’actifs, l’ex-président de la République a phosphoré sur la guerre, l’économie, la dette ou encore le climat. Tout en distribuant des tacles à diverses personnalités et communautés.

« Y a pas de journalistes ? », « Écoutez… regardez il n’y a même pas d’écran, on est parfaitement libre de notre parole », « C’est une bonne nouvelle de nous expliquer qu’on est libre de notre parole en France… je m’en étais pas rendu compte. » C’est avec cet échange entre Nicolas Sarkozy et le président de la CNCGP Julien Séraqui que s’est ouverte la conférence de l’ancien locataire de l’Elysée au MidSommar du Patrimoine ce mercredi 21 juin.

Organisé par la Chambre nationale des conseils en gestion de patrimoine (CNCGP), cet événement remplace le Sommet BFM Patrimoine. Plusieurs centaines de gestionnaires de patrimoine et d’actifs ont fait le déplacement au stade Jean Bouin dans le 16e arrondissement de Paris. L’occasion pour la profession de networker, d’assister à des échanges sur les cryptoactifs, les biais cognitifs dans la gestion de portefeuille, la valorisation des cabinets de CGP… et d’écouter l’ancien président de la République répondre aux questions d’une partie de l’État-major de la CNCGP : Julien Séraqui, Karen Fiol (vice-présidente CIF), Yves Mazin (vice-président IAS et IOBSP), Grégoire Bourgeois (vice-président RCP) et Nicolas Ducros (délégué général).

« Je suis un homme »

De gestion de patrimoine, il sera toutefois peu question durant cet échange d’une heure. La part belle reviendra aux enjeux géopolitiques actuels, allant de la guerre en Ukraine aux relations avec la Chine, en passant par le Brexit et les institutions internationales. Avec aussi quelques réflexions sur le climat, l’économie et la finance. Pour aborder ces thématiques, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à user de son cabotinage caractéristique pour captiver son audience. Le sexagénaire n’a toujours aucun mal à aller chercher les réactions de son public au gré de punchlines bien rodées et de provocations d’un goût laissé à l’appréciation de chacun et chacune.

Interrogé par Karen Fiol sur sa vision sur les agissements de Vladimir Poutine, celui qui vient d’être condamné à trois ans de prison – dont un ferme – a par exemple osé demander : « Est-ce que je préfère partir en vacances avec Poutine ou avec quelqu’un d’autre ? Écoutez si vous m’invitez… on sait jamais, par les temps qui courent… mon invitation pourrait être considérée comme une agression. »

Se joignant aux adeptes de la rhétorique « anti-woke » tels que Donald Trump, le gouverneur de Floride Ron DeSantis ou encore Éric Zemmour, Nicolas Sarkozy a ensuite enfoncé le clou en affirmant : « Je suis un homme, je peux avoir de graves ennuis… on en est là. Pendant des siècles, sans doute, des minorités ont été persécutées. Mais aujourd’hui je vous dis une chose : c’est l’ensemble des minorités qui persécutent une majorité qui n’a plus le pouvoir de dire ce qu’elle pense. Voilà le premier problème de nos démocraties. »

« C’est idiot »

Manifestement, l’ex-président n’est pas « persécuté » au point de ne pas pouvoir décréter publiquement que ce sujet se trouverait au sommet de la hiérarchie des « problèmes » de l’Occident. Alors que moult sondages d’opinion indiquent plutôt que le pouvoir d’achat et l’environnement représentent aujourd’hui les deux principales préoccupations des Français. Ce qui n’empêche pour autant Nicolas Sarkozy d’avoir aussi un avis sur ces thématiques-là. Et de les exprimer. « Dire que le climat se dérégule, c’est idiot, a-t-il ainsi déclaré, entre autres. Le climat dépend du soleil, il dépend de la lune, il dépend d’éléments parfaitement extérieurs. »

Pour appuyer cette démonstration, l’époux de Carla Bruni n’a pu s’empêcher de puiser également dans un registre qu’il affectionne tout particulièrement de longue date. « Parler de protection de la planète sans jamais parler de combien de gens peuvent y vivre sans la détruire, c’est curieux quand même. (…) Il faut qu’on parle planning familial, il faut qu’on parle du nombre d’enfants par femme en Afrique. (…) Certains sont en train de nous expliquer qu’on devrait avoir droit à quatre voyages par an en avion, mais quand on parle de la régulation des flux migratoires, là il faut pas ! »

« D’un ennui à mourir »

Sur le volet du pouvoir d’achat, Nicolas Sarkozy n’a pas de mal non plus à annoncer la couleur. « Les trois années de covid ont conduit à une chose, c’est un accroissement fantastique de l’endettement public. (…) Et maintenant, on vient nous expliquer qu’il y a pas plus prioritaire que de réduire l’inflation. Et que le paradis c’est 2% d’inflation. Mais enfin mes chers amis, comment on rembourse la dette s’il y a pas d’inflation ? (…) L’inflation, c’est le moyen privilégié de rembourser la dette ! Y a pas besoin d’avoir un grand cabinet de gestion de patrimoine pour avoir compris ça. » Et le successeur de Jacques Chirac de faire part de ses inquiétudes sur le risque de « credit crunch, c’est-à-dire de crise de financement de la dette des États ».

Clamant haut et fort son désaccord avec les politiques de resserrement monétaire des grandes banques centrales – qui sont passées en mode « stop and go » mi-juin  –, Nicolas Sarkozy ne s’est pas privé de rappeler la façon dont il a lui-même géré la crise de 2008, précipitée par la faillite de Lehman Brothers. « J’ai réuni les 15 meilleurs économistes de France, y compris ceux qui travaillaient à l’étranger. Y en avait même un qui était Nobélisable… Blanchard, quelque chose comme ça. Et je me dis ça va être génial : ces gens tellement intelligents, tellement diplômés, ils vont me donner des conseils formidables. »

Attention à la chute. « On fait une première réunion à l’Élysée… une migraine ! Je passe 2 heures et demie avec eux. À la fin, je me suis dit “je suis pas en forme”. D’abord, j’avais rien compris. Ensuite, c’était d’un ennui à mourir. Et enfin troisièmement, ils m’expliquaient tous pourquoi il y avait eu la crise de 1929, mais pas comment on allait sortir de la crise de 2008. (…) Je fais une deuxième réunion un mois après. Encore pire. Y a pas eu de troisième réunion. »

« Sacré Strauss-Kahn »

Peu impressionné par ce groupe d’experts, Nicolas Sarkozy a alors décidé « d’y aller au bon sens » et de « promettre de garantir au nom de l’Etat 100% des économies des Français », afin d’éviter la défiance des marchés sur la dette hexagonale. « Ça a été une semaine atroce car la quasi-totalité de mon entourage était contre. (…) Je vous le dis avec le recul : ça a sauvé la France et ça n’a pas couté un centime. (…) Aujourd’hui je peux venir devant vous, y en a pas un seul d’entre vous qui peut se lever et me dire “j’ai perdu de l’argent dans la crise de 2008 à cause de vous”, pas un seul ! » De fait, personne n’a pipé mot dans les tribunes.

Il serait fastidieux de lister la totalité des tacles qu’a envoyé Nicolas Sarkozy durant ses 60 minutes de stand-up – certes, un stand-up assis – au MidSommar du Patrimoine 2023. Parmi les destinataires notables de ses bons mots, figure tout de même François Hollande, désigné par le terme « mon successeur ». Ainsi que Nicolas Hulot, désormais connu par la locution « un ministre de l’Environnement dont j’ai oublié le nom mais qui avait un prénom comme le mien ». Mais aussi Dominique Strauss-Kahn, évoqué lors d’une réflexion sur les institutions internationales : « Le FMI est-ce que vous en entendez parler ? Enfin depuis que Strauss-Kahn est parti… sacré Strauss-Kahn… quand je pense que c’est moi qui l’ai mis là-bas… on fait des erreurs ».

CGP qui rit, CGP qui pleure

Si applaudissements et rires ont résonné plus d’une fois dans le stade Jean Bouin lors de la master class de l’ex-président de la République, sa présence n’a pourtant pas été du goût de tous les CGP. « Plusieurs membres de la CNCGP ne souhaitaient pas sa venue car ils ne voulaient pas que notre profession soit associée à une personnalité condamnée par la justice et qui fait encore l’objet de poursuites », nous a confié l’un des participants. À en juger par la file d’attente pour la séance de dédicace de son livre en fin de journée, nul doute que Nicolas Sarkozy a tout de même ravi une partie des convives.

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Après des études en science politique entre Lausanne, Vancouver et Paris, Guillaume décroche son premier job de journaliste à la radio suisse LFM. Concomitamment, la crise des subprimes éclate et donne à ce fils de facteur l’envie de mieux comprendre le monde de l’économie et de la finance. Il rejoint en 2009 le magazine suisse d’asset management Banco, puis Option Finance, Le Revenu et News Asset Pro. Bien que Haut-savoyard, Guillaume ne sait pas skier.